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L'Illustre Critique

L'Illustre Critique


Statue de Molière par Bernard Seurre (1857) dans la cour Napoléon du Louvre.


Sganarelle : Je veux savoir un peu vos pensées à fond. Est-il possible que vous ne croyiez point du tout au ciel ?

Dom Juan : Laissons cela.

Sganarelle : C’est à dire que non. Et à l’enfer ?

Dom Juan : Eh !

Sganarelle : Tout de même. Et au diable, s’il vous plaît ?

Dom Juan : Oui, oui.

Sganarelle : Aussi peu. Ne croyez-vous point l’autre vie ?

Dom Juan : Ah ! Ah ! Ah !

Sganarelle : Voilà un homme que j’aurai bien de la peine à convertir. Et dites-moi un peu (encore faut-il croire quelque chose) : qu’est ce que vous croyez ?

Dom Juan : Ce que je crois ?

Sganarelle : Oui.

Dom Juan : Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.

Sganarelle : La belle croyance que voilà ! Votre religion, à ce que je vois, est donc l’arithmétique ? Il faut avouer qu’il se met d’étranges folies dans la tête des hommes, et que, pour avoir bien étudié, on en est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, monsieur, je n’ai point étudié comme vous, Dieu merci, et personne ne sauroit se vanter de m’avoir jamais rien appris ; mais, avec mon petit sens, mon petit jugement, je vois les choses mieux que tous
les livres, et je comprends fort bien que ce monde que nous voyons n’est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuit. Je voudrois bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut, et si tout cela s’est bâti de lui-même. Vous voilà, vous, par exemple, vous êtes là : est-ce que vous vous êtes fait tout seul, et n’a-t-il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous faire ? Pouvez-vous voir toutes les inventions dont la machine de l’homme est composée sans admirer de quelle façon cela est agencé l’un dans l’autre ? Ces nerfs, ces os, ces veines, ces artères, ces..., ce poumon, ce coeur, ce foie, et tous ces autres ingrédients qui sont là et qui... Oh ! Dame, interrompez-moi donc, si vous voulez. Je ne saurois disputer, si l’on ne m’interrompt. Vous vous taisez exprès, et me laissez parler par belle malice.

Dom Juan : J’attends que ton raisonnement soit fini.

Sganarelle : Mon raisonnement est qu’il y a quelque chose d’admirable dans l’homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauroient expliquer. Cela n’est-il pas merveilleux que me voilà ici, et que j’aie quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu’elle veut ? Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuer les pieds, aller à droit, à gauche, en avant, en arrière, tourner... (il se laisse tomber en tournant.)

Dom Juan : Bon ! Voilà ton raisonnement qui a le nez cassé.


Extrait de Dom Juan - Acte III, scène 1

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EXIF

Date de prise de vue : 2011-05-11 14:28:54
Appareil : Canon EOS 500D
Focale : 85 mm
Temps d'exposition : 1/160 sec
Ouverture : f/7.1
ISO : 100
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Statue de Molière par Bernard Seurre (1857) dans la cour Napoléon du Louvre.


Sganarelle : Je veux savoir un peu vos pensées à fond. Est-il possible que vous ne croyiez point du tout au ciel ?

Dom Juan : Laissons cela.

Sganarelle : C’est à dire que non. Et à l’enfer ?

Dom Juan : Eh !

Sganarelle : Tout de même. Et au diable, s’il vous plaît ?

Dom Juan : Oui, oui.

Sganarelle : Aussi peu. Ne croyez-vous point l’autre vie ?

Dom Juan : Ah ! Ah ! Ah !

Sganarelle : Voilà un homme que j’aurai bien de la peine à convertir. Et dites-moi un peu (encore faut-il croire quelque chose) : qu’est ce que vous croyez ?

Dom Juan : Ce que je crois ?

Sganarelle : Oui.

Dom Juan : Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.

Sganarelle : La belle croyance que voilà ! Votre religion, à ce que je vois, est donc l’arithmétique ? Il faut avouer qu’il se met d’étranges folies dans la tête des hommes, et que, pour avoir bien étudié, on en est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, monsieur, je n’ai point étudié comme vous, Dieu merci, et personne ne sauroit se vanter de m’avoir jamais rien appris ; mais, avec mon petit sens, mon petit jugement, je vois les choses mieux que tous
les livres, et je comprends fort bien que ce monde que nous voyons n’est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuit. Je voudrois bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut, et si tout cela s’est bâti de lui-même. Vous voilà, vous, par exemple, vous êtes là : est-ce que vous vous êtes fait tout seul, et n’a-t-il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous faire ? Pouvez-vous voir toutes les inventions dont la machine de l’homme est composée sans admirer de quelle façon cela est agencé l’un dans l’autre ? Ces nerfs, ces os, ces veines, ces artères, ces..., ce poumon, ce coeur, ce foie, et tous ces autres ingrédients qui sont là et qui... Oh ! Dame, interrompez-moi donc, si vous voulez. Je ne saurois disputer, si l’on ne m’interrompt. Vous vous taisez exprès, et me laissez parler par belle malice.

Dom Juan : J’attends que ton raisonnement soit fini.

Sganarelle : Mon raisonnement est qu’il y a quelque chose d’admirable dans l’homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauroient expliquer. Cela n’est-il pas merveilleux que me voilà ici, et que j’aie quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu’elle veut ? Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuer les pieds, aller à droit, à gauche, en avant, en arrière, tourner... (il se laisse tomber en tournant.)

Dom Juan : Bon ! Voilà ton raisonnement qui a le nez cassé.


Extrait de Dom Juan - Acte III, scène 1


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Date de prise de vue : 2011-05-11 14:28:54
Appareil : Canon EOS 500D
Focale : 85 mm
Temps d'exposition : 1/160 sec
Ouverture : f/7.1
ISO : 100